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Comment dimensionner un câble en fonction de la chute de tension ?

2026-08-28 16:03

Lors de la conception d'une installation électrique, de nombreux ingénieurs et électriciens se concentrent principalement sur l'intensité admissible du câble. Cependant, un autre facteur crucial détermine souvent la section finale du câble : la chute de tension. Un câble parfaitement adapté à l'intensité peut s'avérer insuffisant si la chute de tension le long de son parcours est excessive. La chute de tension correspond à la diminution de tension qui se produit lorsque le courant traverse la résistance du conducteur. Si cette chute de tension est trop importante, les équipements risquent de mal fonctionner, l'éclairage peut faiblir, les moteurs peuvent surchauffer et les composants électroniques sensibles peuvent présenter des dysfonctionnements.

Cet article explique comment choisir la section de câble appropriée en fonction de la chute de tension, en fournissant un guide étape par étape et des exemples pratiques.


  1. Qu'est-ce qu'une chute de tension ?


La chute de tension est la diminution de la tension mesurée aux bornes d'une charge par rapport à la tension à la source. Elle est une conséquence naturelle de la résistance du conducteur. Lorsqu'un courant circule dans un câble, une partie de la tension est dissipée sous forme de chaleur en raison de la résistance du conducteur.

La chute de tension est calculée à l'aide de la loi d'Ohm :

Vd = I × R

Où:

  • Vd = Chute de tension (volts)

  • I = Courant de charge (ampères)

  • R = Résistance totale du conducteur (ohms)

Pour un câble de longueur L (mètres) et de section transversale A (mm²), de résistivité ρ (Ω·mm²/m), la résistance est :

R = ρ × (2L / A) (pour les circuits monophasés, car le courant circule dans un sens puis dans l'autre)

Pour les circuits triphasés, la chute de tension est calculée à l'aide de :

Vd = √3 × I × (ρ × L / A) (où L est la longueur aller simple)

La chute de tension est généralement exprimée en pourcentage de la tension d'alimentation nominale.

Exemple : Un circuit monophasé de 230 V avec une chute de tension de 5 V a une chute de 5/230 × 100 = 2,2 %.


2. Pourquoi la chute de tension est importante


La chute de tension n'est pas qu'un problème théorique, elle a des conséquences bien réelles :

  • Lumière tamisée – Les lampes à incandescence et certaines lampes LED perdent sensiblement de leur intensité à des tensions plus basses.

  • Surchauffe du moteur – Les moteurs à induction consomment plus de courant à une tension plus basse, ce qui provoque une surchauffe et réduit la durée de vie du moteur.

  • Performances médiocres – Les outils, les appareils de chauffage et les appareils électroniques peuvent fonctionner moins efficacement ou mal fonctionner.

  • Gaspillage d'énergie – La tension perdue est dissipée sous forme de chaleur dans les câbles, ce qui constitue un pur gaspillage d'énergie.

  • Panne d'équipement – ​​Les appareils électroniques sensibles peuvent s'arrêter ou être endommagés par une tension trop basse.

Limites de chute de tension : La plupart des normes électriques (par exemple, IEC 60364, NEC, BS 7671) recommandent de maintenir la chute de tension en dessous de :

  • 3 % pour les circuits de dérivation (éclairage, prises).

  • 5% pour le système complet (alimentation + branche).

Ces limites ne sont pas de simples recommandations ; il s'agit souvent d'exigences légales en matière de sécurité et de performance.


3. Formule de la chute de tension : Comprendre les variables


La formule de la chute de tension est essentielle pour dimensionner les câbles en fonction de cette chute de tension. La formule est la suivante :

Vd = I × R

Où:

  • Vd = Chute de tension (volts)

  • I = Courant de charge (ampères)

  • R = Résistance du conducteur (ohms)

Pour un câble, la résistance se calcule à partir de :

R = ρ × (L / A)

Où:

  • ρ = Résistivité du matériau conducteur (Ω·mm²/m). Pour le cuivre, ρ = 0,0175 Ω·mm²/m à 20°C ; pour l'aluminium, ρ = 0,0282 Ω·mm²/m.

  • L = Longueur du conducteur (mètres) — pour monophasé, utilisez 2L (aller-retour) ; pour triphasé, utilisez L (aller simple) et multipliez par √3.

  • A = Aire de la section transversale du conducteur (mm²).

Important : La résistance du conducteur augmente avec la température. À 90 °C (température de fonctionnement du XLPE), la résistance est environ 30 % supérieure à celle mesurée à 20 °C. Il est impératif d’en tenir compte pour des calculs précis.


4. Guide étape par étape : Choisir la section de câble en fonction de la chute de tension


Le choix de la section du câble en fonction de la chute de tension implique les étapes suivantes :

Étape 1 : Déterminer le courant de charge (I)
Calculez le courant nominal à partir de la puissance de la charge (kW ou kVA). Pour un système triphasé : I = P / (√3 × V × pf). Pour un système monophasé : I = P / (V × pf).

Étape 2 : Déterminer la longueur du câble (L)
Mesurez la distance aller simple entre la source et la charge. Pour les circuits monophasés, la longueur totale du conducteur est de 2L. Pour les circuits triphasés, elle est de L (multipliée par √3).

Étape 3 : Déterminer la chute de tension maximale admissible (Vd_max)

  • Pour un circuit monophasé de 230 V avec une limite de 3 %, Vd_max = 230 × 0,03 = 6,9 V.

  • Pour un circuit triphasé de 400 V avec une limite de 5 %, Vd_max = 400 × 0,05 = 20 V.

Étape 4 : Calculer la résistance du conducteur requise (R_max)
Réorganisez la formule de la chute de tension pour calculer la résistance maximale admissible :

  • Pour un système monophasé : R_max = Vd_max / (2 × I)

  • Pour un système triphasé : R_max = Vd_max / (√3 × I)

Étape 5 : Déterminer la section transversale minimale (A_min)
En utilisant la résistivité du matériau conducteur, calculez la surface minimale :

  • A_min = ρ × L / R_max (pour triphasé)

  • A_min = ρ × 2L / R_max (pour monophasé)

Étape 6 : Sélectionnez la taille de câble standard la plus proche.
Choisissez un conducteur de section standard supérieure ou égale à A_min. Vérifiez également que la section du câble sélectionné respecte les exigences d'ampérage de la charge (c'est généralement le cas, mais il est indispensable de le vérifier).


5. Exemples pratiques


Exemple 1 : Circuit monophasé

  • Tension d'alimentation : 230 V

  • Courant de charge : 20 A

  • Longueur du câble : 50 m (aller simple)

  • Chute de tension admissible : 3 % (6,9 V)

  • Matériau conducteur : Cuivre (ρ = 0,0175 Ω·mm²/m)

Calcul:
Longueur totale du conducteur = 2 × 50 = 100 m

Résistance maximale admissible = Vd_max / (2 × I) = 6,9 / (2 × 20) = 0,1725 Ω

Section transversale minimale = ρ × 2L / R_max = 0,0175 × 100 / 0,1725 = 10,14 mm²

Sélectionnez : câble de 16 mm² (puisque 10 mm² est légèrement inférieur à la valeur calculée, 16 mm² est la taille standard la plus proche qui répond à l'exigence).

Vérification:
Avec un câble de 16 mm² : R = 0,0175 × 100 / 16 = 0,1094 Ω ; Vd = 20 × 0,1094 = 2,19 V (0,95 %). Cette valeur est largement inférieure à la limite. Vous pouvez également envisager un câble de 10 mm² s’il est tout juste à la limite ou si la charge est non critique.

Exemple 2 : Circuit triphasé

  • Tension d'alimentation : 400 V (entre phases)

  • Courant de charge : 50 A

  • Longueur du câble : 100 m (aller simple)

  • Chute de tension admissible : 5 % (20 V)

  • Matériau conducteur : Cuivre (ρ = 0,0175 Ω·mm²/m)

Calcul:
R_max = Vd_max / (√3 × I) = 20 / (1,732 × 50) = 0,2309 Ω

Section transversale minimale = ρ × L / R_max = 0,0175 × 100 / 0,2309 = 7,58 mm²

Sélectionnez : câble de 10 mm² (taille standard la plus proche supérieure à 7,58 mm²).

Vérification:
Pour une section de 10 mm² : R = 0,0175 × 100 / 10 = 0,175 Ω ; Vd = √3 × 50 × 0,175 = 15,16 V (3,8 %). Cette valeur est inférieure à la limite de 5 %.

Remarque : Vérifiez toujours que le câble sélectionné respecte également l’ampérage admissible (capacité de transport de courant) requis par la charge. Dans cet exemple, un câble de 10 mm² peut également nécessiter une vérification de son ampérage admissible, selon la méthode d’installation et la température ambiante.


6. Effet de la température sur la chute de tension


La résistance d'un conducteur augmente avec la température. Le coefficient de température de la résistance du cuivre est d'environ 0,004 par °C. À 90 °C (température de fonctionnement normale du XLPE), la résistance est environ 30 % plus élevée qu'à 20 °C.

Pour les calculs de chute de tension, il est recommandé d'utiliser la résistance à la température de fonctionnement maximale, qui est :

R_t = R_20 × (1 + α × (T - 20))

Où:

  • R_t = Résistance à la température T (°C)

  • R_20 = Résistance à 20°C (d'après les tables)

  • α = Coefficient de température (0,004 par °C pour le cuivre, 0,0043 pour l'aluminium)

  • T = Température maximale de fonctionnement du câble (par exemple, 90 °C pour XLPE)

Exemple : Un conducteur en cuivre avec une résistance de 1 Ω/km à 20 °C aura une résistance de 1 × (1 + 0,004 × 70) = 1 × 1,28 = 1,28 Ω/km à 90 °C.

Cette correction de température doit être appliquée pour des calculs précis de chute de tension, notamment pour les longs câbles et les charges élevées.


7. Chute de tension dans les circuits CA : réactance


Dans les circuits en courant alternatif, la chute de tension n'est pas uniquement résistive ; elle comporte également une composante inductive (XL) due au champ magnétique autour du conducteur. Ce phénomène est particulièrement marqué pour les câbles de forte section et les courants élevés.

L'impédance du conducteur est :

Z = √(R² + XL²)

Où XL = 2πfL (réactance inductive) et L est l'inductance du câble. La chute de tension est alors :

Vd = I × Z

Pour la plupart des câbles basse et moyenne tension, la réactance est faible par rapport à la résistance à 50/60 Hz ; la formule simple de la résistance est donc suffisante en pratique. Pour les câbles de très grande section (plus de 300 mm²) ou les longs circuits, il convient de prendre en compte la réactance.


8. Erreurs courantes dans le dimensionnement de la chute de tension


ErreurConséquenceComment éviter
En négligeant complètement la chute de tensionDysfonctionnement de l'équipement, surchauffeVérifiez toujours la chute de tension, surtout pour les longues distances.
Utilisation d'une résistance de 20 °C pour les câbles chauffantsSous-estime la chute de tensionUtiliser la résistance à la température de fonctionnement.
Oublier de doubler la longueur (monophasé)Les sous-estimations diminuent de 50 %Utilisez toujours 2L pour les calculs monophasiques.
Sans tenir compte de la croissance future de la chargeCâble trop petit pour les besoins futursPrévoir une marge pour l'expansion future (par exemple, 20 % de capacité supplémentaire).
Utilisation exclusive des tables d'ampérageLe câble est peut-être de section insuffisante pour la chute de tension.Vérifiez à la fois l'ampérage admissible et la chute de tension ; la valeur la plus élevée prévaut généralement.
Négliger la réactance dans les circuits CASous-estime légèrement la chutePour les longues distances ou les câbles de grande section, tenez compte de la réactance.

9. Chute de tension et ampérage : lequel prévaut ?


Pour les câbles courts (moins de 50 m environ), l'ampérage admissible (capacité à supporter le courant) est généralement le facteur déterminant. Le câble est dimensionné pour supporter le courant de charge sans surchauffe.

Pour les câbles de grande longueur (plus de 50 m environ), la chute de tension devient souvent le facteur prépondérant. Le dimensionnement du câble doit être effectué non seulement en fonction de l'intensité du courant, mais aussi afin de maintenir la chute de tension dans des limites acceptables.

En pratique : il convient de calculer la section de câble nécessaire pour l’intensité admissible et celle nécessaire pour la chute de tension. La plus grande des deux valeurs correspond à la section de câble appropriée pour l’installation.


10. Guide de référence rapide : Limites de chute de tension par application


ApplicationChute de tension maximale
Circuits d'éclairage (général)3%
Circuits de puissance (moteurs, prises)5%
Électronique sensible (ordinateurs, équipements médicaux)1 à 2 %
mangeoires à longue distance5 % (ou selon les spécifications du fournisseur d'énergie)

Vérifiez toujours les exigences spécifiques de votre projet et le code électrique applicable.


La chute de tension n'est pas qu'une simple valeur numérique ; c'est une contrainte de conception qui influe sur les performances, l'efficacité et la sécurité d'une installation électrique. Un câble surdimensionné pour l'intensité peut néanmoins être nécessaire pour respecter les limites de chute de tension sur de longues distances. Inversement, un câble adapté à la chute de tension répondra presque toujours aux exigences d'ampérage.

En comprenant la formule de la chute de tension, en appliquant une correction de température et en suivant une méthode de dimensionnement systématique, vous pouvez choisir la section de câble adaptée à chaque application. L'effort supplémentaire consacré au calcul de la chute de tension sera récompensé par des années de fonctionnement fiable, efficace et sûr. Dans le domaine des câbles d'alimentation, la chute de tension n'est pas un ennemi ; c'est un paramètre qu'il convient de comprendre et de maîtriser.


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